Pourquoi ce blog ?

Nous refusons de croire ce que nous savons…

La compensation carbone des voyages pose les questions de la durabilité des modèles du tourisme d’aujourd’hui :

> Peut-on réduire la quadrature du cercle, celle d'un nombre croissant de voyageurs en avion, d'un stock fini de pétrole, et d'une technologie encore inexistante, même embryonnaire, pour faire voler des avions avec autre chose que du kérosène ?
> La compensation pratiquée à ce jour induit-elle une nouvelle forme de colonialisme ?
> Quelle spéculation lègue t-elle aux générations futures ?

De vraies questions qui appellent de vraies solutions. Le tourisme, et pas seulement le transport aérien, devront subir, ou organiser leurs mutations.

Ces questions sont à peine abordées, en général, dans les articles consacrés au sujet.
Vous en trouverez sur ce blog une sélection, pour vous faire votre propre idée.

Voyageur, si ces propos te dépriment, tu peux te balader sur mes diaporamas ci-dessous...

lundi 17 juin 2013

Deux ONG publient un rapport expliquant pourquoi l'UE devrait se détourner de la compensation carbone forestière

Source http://www.francematin.info/Deux-ONG-publient-un-rapport-expliquant-pourquoi-l-UE-devrait-se-detourner-de-la-compensation-carbone-forestiere_a28738.html

Il y a dix ans, l'UE investissait plus d'1,5 million d'euros dans le projet carbone de N'hambita au Mozambique, un projet pilote censé démontrer comment les forêts peuvent être utilisées pour compenser les émissions industrielles. Aujourd'hui, FERN et les Amis de la Terre France publient un rapport intitulé « Le carbone discrédité », qui explique pourquoi les projets de carbone forestier ne peuvent produire de bénéfices climatiques, environnementaux, sociaux ou même financiers.(1) Les deux organisations demandent à l'UE et aux États membres de cesser de financer des projets de compensation carbone, y compris les projets REDD+. Elles appellent également l'État de Californie, qui envisage d'accepter la compensation carbone forestière dans son marché carbone, à revoir sa position.

La compensation carbone est un mécanisme qui cherche à compenser les émissions de carbone générées au Nord par de prétendues réductions d'émissions au Sud. La compensation carbone forestière est particulièrement problématique dans la mesure où les réductions d'émissions sont censées être réalisées grâce à la plantation ou à la conservation d'arbres, alors que la communauté scientifique n'a de cesse d'affirmer que la quantité de carbone pouvant être stockée dans les arbres n'est en rien comparable avec le volume des émissions industrielles.(2) La mesure du carbone forestier soulevant de nombreuses et complexes difficultés, il est impossible de lier les projets de compensation carbone forestier à des réductions d'émissions mesurables et vérifiables.

Sylvain Angerand, des Amis de la Terre France, explique : « Le principal problème mis en lumière dans ce rapport est que les émissions restent dans l'atmosphère bien plus longtemps que ne vivent les arbres. Le rapport montre que la compensation carbone ne produit que peu de bénéfices pour le climat et ne fait que nous distraire de la nécessité de réduire nos émissions et notre consommation d'énergie. »

Le rapport « Le carbone discrédité » révèle également que le projet N'hambita est une catastrophe financière pour Envirotrade, les recettes générées par la vente des crédits carbone étant insuffisantes pour couvrir les coûts. Comme le rappelle Hannah Mowat, responsable de la campagne sur le climat de FERN : « La valeur des crédits carbone n'a jamais été aussi faible. Dans ces conditions, il sera impossible pour Envirotrade de récupérer son investissement. » Indra van Gisbergen, responsable de la campagne sur la gouvernance forestière de FERN, confirme : « La Commission européenne devrait éviter de gaspiller l'argent des contribuables en investissant dans des mécanismes de compensation. Elle ferait mieux de prendre des mesures pour améliorer la gouvernance forestière et protéger les droits fonciers des communautés afin que celles-ci puissent prendre le contrôle des forêts dont elles s'occupent et dont elles dépendent. » Une récente étude menée par La Via Campesina Africa confirme les problèmes sociaux auxquels sont confrontés les paysans qui participent au projet N'hambita. Dans le cadre de ce projet, les villageois sont rémunérés pour planter des arbres et veiller sur eux. Cependant, les paiements cessent après sept ans, alors que les obligations perdurent pendant 99 ans. Le contrat comporte notamment la clause suivante : « Il est du devoir du paysan de veiller sur les plantations qui lui appartiennent même après les sept ans de validité du contrat. » La Via Campesina a également constaté de nombreux problèmes de communication entre l'entreprise et les paysans.(3)

Lundi 17 Juin 2013 Source : Les Amis de la Terre

mercredi 14 novembre 2012

Démonstration vidéo par l'absurde du reboisement pour compensation

La compensation et la finance carbone n’ont jamais été conçues pour résoudre des problèmes écologiques - pollutions, changements climatiques -, mais pour justifier la destruction de l’environnement. Puisque je compense, je peux détruire, saccager, anéantir des espaces naturels... Quelle importance, puisqu’on compense !! Merci aux Amis de la Terre (Landes)

lundi 11 juin 2012

Tourisme responsable : comment concilier croissance du transport et respect de la planète ?

Le tourisme représente 5% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde

La 6e édition de la journée mondiale pour un tourisme responsable s'est intéressée à l'impact du secteur sur le changement climatique. La question du transport, qui pèse 28% des émissions de gaz à effet de serre en France, était notamment au cœur des débats.


Imaginons un instant qu'il existe un permis de polluer qui donnerait le droit de dépenser un certain quota de CO2, sans mettre en péril l'avenir de la planète.

Selon différentes estimations, chaque personne pourrait consommer deux tonnes de CO2 par an, soit l'équivalent d'un aller-retour à New York.

"Les Français émettent plutôt entre 6 et 10 tonnes de CO2 par an" estime Léo Bénichou, du Shift Project. "Et nous sommes dans la moyenne basse des pays développés".

Ce chiffre donne une idée de l'ampleur du chemin qu'il reste à parcourir pour mener l'industrie touristique vers la voie de la neutralité carbone.

D'éminents chercheurs ainsi que de grands groupes aéronautiques se creusent la tête depuis des années pour tenter de résoudre cette équation : comment protéger la planète sans pour autant entraver la croissance du trafic aérien.

En effet, le tourisme participe à 5% des émissions mondiales des gaz à effet de serre (GES). Rien qu'en France, 26% des émissions sont dues aux transports dont 28% aux déplacements touristiques.

A lui seul, le transport aérien contribue pour 2 à 3% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Une tonne de kérosène brulé produit 3 tonnes de CO2 dans l'atmosphère.

Des chiffres que les compagnies aériennes essaient de réduire tant bien que mal. En octobre 2010, les pays ont signé dans le cadre de l'OACI une résolution pour plafonner les émissions au plus tard en 2020.

Le train s'adapte depuis longtemps aux changements climatiques

Pour espérer y arriver, elles comptent développer les technologies, comme les carburants alternatifs, ou encore améliorer les performances des appareils.

Mais cela ne semble pas suffisant. "Le trafic augmente de 5% par an alors que l'efficacité énergétique de seulement 1%" précise Jean-Paul Ceron, chercheur et parrain de cette édition.

Il suggère donc d'investir dans le train et même "d'interdire l'avion quand le trajet en TGV est possible". Des idées révolutionnaires, qui signent néanmoins la fin de la démocratisation du tourisme longue distance.

Il est vrai que le train reste en France le moyen de transport le moins polluant, grâce à l'énergie nucléaire (qui n'oublions pas pose d'autres soucis écologiques). Les déplacements sur rails représentent 1% des émissions de GES.

La SNCF anticipe depuis déjà longtemps les changements climatiques. Ses installations sont aujourd'hui mieux préparées pour faire face aux épisodes caniculaires, plus fréquents dans le futur. "Nous concevons nos gares pour éviter qu'elles deviennent des bulles de chaleur " explique Jean-Louis Jourdan, le directeur développement durable de la SNCF.

Le groupe travaille également sur un système d'affichage de la consommation carbone d'un voyage, afin de mieux informer les clients sur leur consommation. Une norme qui sera obligatoire d'ici 2013 avec la loi Grenelle 2.

La Tunisie prône le tourisme responsable

In fine, certaines solutions prônées par les intervenants étaient réalistes, mais en totale contradiction avec les tendances actuelles.

Ainsi, le développement du slow-tourisme, la fin de l'hyper mobilité et l'allongement de la durée de séjour sont certes des bonnes idées pour la planète mais restent bien loin de la consommation touristique actuelle.

Pourtant, cela pourrait donner des pistes de développement pour certains pays en reconstruction, comme la Tunisie, le pays à l'honneur de la journée.

Le ministre du tourisme Elyes Fakhfakh, venu ouvrir les débats, a rappelé l'engagement de son gouvernement envers le tourisme durable.

"Nous allons inciter les projets qui incluent dans leurs plans d'investissements la préservation de l'environnement. Nous allons également lutter contre la précarité et rétablir la responsabilité des employeurs face à ses salariés".

Des nobles paroles qui seront, on l'espère, rapidement mises en application.

L'article intégral, et les commentaires, en particulier celui de J.-P. Lamic
Tourisme responsable : comment concilier croissance du transport et respect de la planète ?

Compensation carbone, l’arbre qui cache la forêt

Situé sur un territoire à la biodiversité exceptionnelle, un village mexicain avait adopté un programme national censé préserver à la fois les richesses naturelles et les moyens d’existence de la communauté. Sept ans plus tard, il jette l’éponge. L’expérience met en lumière les contraintes aberrantes parfois imposées aux populations au nom de la lutte contre le changement climatique.

L'article complet paru dans le Monde Diplomatique

vendredi 16 septembre 2011

En pleine tourmente financière, les banques se ruent sur les forêts et le carbone

 
15 septembre 2011,
Par Sylvain Angerand

En préparation des négociations sur le climat qui auront lieu en fin d’année à Durban (Afrique du Sud), et en pleine tourmente financière, le secteur banquier, avec en tête BNP Paribas [1], lance une offensive pour réclamer l’intégration des forêts dans le marché du carbone. Les Amis de la Terre s’opposent fermement à cette dérive qui ne repose sur aucune base scientifique et place l’avenir des forêts du monde, et des communautés qui en dépendent, dans les mains d’entreprises irresponsables.
Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et le secteur bancaire publient aujourd’hui un nouveau rapport[2], avec une série de recommandations, pour que les négociations sur la lutte contre la déforestation et le réchauffement climatique « s’ouvre efficacement aux flux de la finance privée[3]  ». Au centre des débats, les banques espèrent pouvoir accéder à un marché potentiel de plusieurs dizaines de milliards d’euros par an[4] avec la création de crédits-carbone forestiers REDD[5] qui pourraient être achetés par les entreprises et les États ne respectant pas leurs obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Or, comme l’explique Sylvain Angerand, chargé de campagne pour les Amis de la Terre et ingénieur forestier, la compensation carbone est une imposture scientifique : « Il n’est pas possible de compenser la libération de carbone d’origine fossile (pétrole, charbon...), qui s’est formé pendant plusieurs millions d’années, par un stockage très temporaire dans les forêts. Les grands incendies en Amazonie, en Russie ou en Asie du Sud-Est, qui se multiplient chaque année, nous le rappellent de façon évidente ».
En réalité, l’enjeu pour le secteur privé n’est pas tant de participer à la lutte contre les changements climatiques que de transformer la crise écologique en opportunité économique comme l’explique Yann Louvel, référent de la campagne Responsabilité des acteurs financiers pour les Amis de la Terre : «  Si BNP Paribas, et les autres banques qui ont co-signé ce rapport, voulaient vraiment s’engager pour le climat elles arrêteraient de financer d’une part des secteurs qui contribuent à la déforestation comme les monocultures de palmiers à huile ou de soja[6] et d’autre part des projets extrêmement controversés de centrales à charbon ou d’extraction de pétrole à partir de sables bitumineux[7]. »
Alors que le secteur financier s’écroule, les banques sont à la recherche de nouveaux placements présentés comme beaucoup plus sûrs et plus rentables : c’est ce qui explique la tendance croissante à la financiarisation des ressources naturelles et des biens communs comme l’atmosphère. Après la conférence de Durban en décembre, c’est le Sommet de Rio en juin qui est en ligne de mire des banques : « Les offensives du secteur financier pour mettre la main sur l’atmosphère et la biosphère se multiplient et il est urgent de s’y opposer car les conséquences écologiques et sociales sont désastreuses » comme l’explique Sylvain Angerand qui poursuit : « Nous observons de très près les projets pilotes et nous constatons de graves dérives : restriction d’accès, expulsion de communautés pour planter des arbres transgéniques à croissance rapide, ou encore, embauche de milices privées pour protéger les investissements de ces entreprises[8] ».
Les Amis de la Terre appellent donc les banques privées, et en particulier BNP Paribas, à faire face à leurs responsabilités en arrêtant de financer des projets qui contribuent à la déforestation et au dérèglement du climat plutôt que de vouloir en tirer doublement profit en jouant au pompier-pyromane.


[1] Christian del Valle, Directeur des Marchés de l’Environnement pour BNP Paribas, est l’un des deux intervenants du secteur bancaire pour la conférence de sortie du rapport ci-dessous.
[2] REDDy-Set-Grow : Part II - Recommendations for International Climate Change Negotiators. Voir ici : http://www.unepfi.org/events/2011/f...
[3] Communiqué de presse de UNEP-Finance Initiative du 13 septembre 2011. « United Nations-convened coalition of financiers warns of huge costs of failure to protect forests beyond Kyoto »
[4] Voir le rapport Stern : http://webarchive.nationalarchives....
[5] REDD est l’acronyme de Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des Forêts. Pour en savoir plus, voir : http://www.amisdelaterre.org/-Les-f...
[6] Voir le rapport des Amis de la Terre Europe « European financing of agrofuel production in Latin America » http://www.foeeurope.org/agrofuels/...
[7] http://www.amisdelaterre.org/Nouvea...
[8] Voir par exemple le reportage de France 5 sur l’impact des projets de compensation carbone sur les communautés en Ouganda : http://www.amisdelaterre.org/Le-pie... ou le site http://www.redd-monitor.org/

vendredi 17 décembre 2010

Planter des arbres pour polluer tranquille, la fausse bonne idée

Par Sylvain Angerand sur Rue89

chargé de campagne "forêt" - Les Amis de la Terre 12/12/2010

A Cancùn, si les négociations sont sorties de l'impasse, c'est au prix de nombreux sacrifices. Les pays riches refusent de réduire leur pollution ? Pas grave, ils pourront la compenser. Mais acheter le droit de polluer si l'on plante ou sauve des forêts est une fausse bonne idée. Voici pourquoi.


En grandissant, un arbre absorbe du dioxyde de carbone, l'un des principaux gaz à effet de serre. C'est pour ça que les entreprises l'adorent : il permet de continuer à polluer tranquillement en « compensant ».

Le système REDD+, en discussion à Cancún, propose de créer des crédits carbone accordés à ceux qui luttent contre la déforestation et plantent des arbres.

1 - Un écran de fumée

Tant que le carbone est stocké sous forme de roche (charbon) ou de liquide (pétrole) dans le sous-sol, il est inerte d'un point de vue climatique. C'est sa libération dans l'atmosphère au moment de la combustion qui est problématique car elle n'est pas réversible : il faudrait des millions d'années pour recréer du charbon ou du pétrole à partir de la décomposition des végétaux (d'où le terme d'énergies fossiles).

Le piège de la compensation carbone, c'est de nous faire croire l'inverse. Il suffirait que les arbres absorbent le carbone émis lors de la combustion du pétrole pour le neutraliser. Mais un arbre n'a une durée de vie que de quelques dizaines ou centaines d'années. Quand l'arbre sera incendié ou que le bois sera décomposé, le carbone stocké sera émis à nouveau dans l'atmosphère. D'un point de vue climatique, l'intérêt est donc quasiment nul.

L'urgence est-elle de regarder pousser des arbres ou de fermer le robinet à pétrole ? Devinez…

2 - Paie-moi ou je rase tout

Ces considérations n'empêchent pas les négociateurs de continuer à confondre compensation et réduction. Mieux, il est désormais question de créer un mécanisme encore plus complexe : la « déforestation évitée » ou, dans le jargon des négociations, « REDD » (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts).

L'ère du chantage écologique est officiellement ouverte : plus vous menacez de sortir les tronçonneuses, plus vous pourrez vendre de crédit carbone si finalement, vous vous engagez à éviter le massacre. Des consultants comme McKinsey ou ONF International se livrent une concurrence acharnée pour aider les pays du Sud à établir des scenarii de déforestation catastrophe.

Le Guyana, qui a aujourd'hui un taux de déforestation quasiment nul, brandit à la tribune des Nations unies une étude montrant qu'il est prêt à raser la quasi-totalité de sa forêt dans les vingt-cinq prochaines années… sauf, bien sûr, si on le paye en achetant ses crédits carbone « déforestation évitée ».

Pour faire accepter ce nouveau mécanisme à l'Inde et à la Chine, qui ne possèdent plus beaucoup de forêt mais plantent massivement, même les monocultures d'arbres à croissance rapide sont éligibles. Mais, à vouloir faire plaisir à tout le monde, le résultat est désastreux : on risque de voir disparaître les forêts naturelles au profit de ces monocultures.

L'Indonésie est en train de magouiller les chiffres et les définitions pour que ses immenses champs de palmiers à huile, plantés à la place de forêts, puissent recevoir des crédits carbone.

3 - Les plus gros pollueurs s'achètent une conscience

Afin d'éviter que les entreprises et les pays développés « compensent » leurs émissions en achetant une parcelle d'arbres ou une promesse de non-déforestation, certains proposent que la compensation carbone soit uniquement volontaire et vienne s'ajouter aux efforts obligatoires de réduction. WWF et GoodPlanet, la fondation de Yann Arthus-Bertrand, proposent à Air France de compenser volontairement ses émissions en finançant un programme de lutte contre la déforestation à Madagascar.

Mais comme on le sait, une entreprise ne fait jamais rien gratuitement (ou très rarement), donc cette compensation volontaire risque de laisser penser qu'il n'y a pas besoin d'une règlementation contraignante.

On voit ainsi, aux Etats-Unis, des entreprises comme General Motors ou American Electrical Power, publiquement opposées à la ratification du protocole de Kyoto par leur pays, se lancer dans un vaste programme d'achat de forêt au Brésil pour compenser leurs émissions. Pas besoin de loi, laissez faire l'autorégulation.

4 - La double peine pour les plus pauvres

Les plus pauvres risquent de subir de plein fouet les changements climatiques et de voir leurs droits restreints par une nouvelle forme de colonialisme climatique. Quand General Motors achète des forêts au Brésil, les populations locales n'ont plus le droit d'y mettre les pieds. Un villageois qui a essayé de couper du bois pour réparer sa maison a passé onze jours en prison.

En Ouganda, autour du Mount Elgon, un groupement d'entreprises énergétiques des Pays-Bas a expulsé des paysans pour planter des arbres à croissance rapide capable de stocker du carbone. Des exemples d'expulsion liée à ce nouveau business du carbone comme ceux-là, on en a recensés plein dans notre rapport « REDD : les réalités noir sur blanc ».

5 - Les plus riches se frottent les mains

Les vautours planent au-dessus de ce nouveau marché. Interpol a d'ailleurs tiré la sonnette d'alarme sur le site Planetark.org :

« Les syndicats du crime organisé surveillent de très près l'émergence des crédits carbone forestiers et y voient une opportunité potentielle de fraude très lucrative. »


En Papouasie-Nouvelle-Guinée, des villageois ont rapporté avoir été menacés par des personnes armées pour signer des documents cédant leurs droits sur leurs forêts, selon une télé australienne.

Au Liberia, les responsables d'une entreprise anglaise, Carbon Harvesting Corporation, ont été interpellés par la police pour tentative de corruption en vue d'obtenir des crédits carbone frauduleux.

Enfin, flairant le bon filon, les banques sont en train de se ruer sur la finance carbone et de créer de nouveaux placements : BNP a, par exemple, investi dans un projet de réduction de la déforestation au Kenya. Après la crise des crédits subprimes toxiques, la crise des crédits carbone bidons ?

vendredi 3 décembre 2010

Cancun : les Amis de la Terre dénoncent la compensation carbone

ÉCRIT PAR YVES HEUILLARD LE 29 NOVEMBRE 2010


Après l'échec du sommet de Copenhague, les Amis de la Terre considèrent que les pays développés doivent sortir les négociations de l'impasse en reconnaissant leur responsabilité historique dans les changements climatiques et prendre les mesures structurelles nécessaires : réduire de façon drastique les émissions de gaz à effet de serre, avec un objectif de moins 40 % d'ici 2020 pour l'Europe ; renoncer aux mécanismes de compensation carbone, inefficaces et injustes, qui ont pour seul objet de masquer le manque de réduction des émissions dans les pays développés.

L'association souligne qu'en particulier, il y a un risque important que le mécanisme REDD (*) entre dans les marchés du carbone. Ceci conduirait les pays développés à privatiser des forêts dans les pays du Sud pour acheter des droits à polluer. Les mécanismes de compensation REDD priveraient les populations locales vivant des forêts de leurs droits et éviteraient aux pays industrialisés de prendre les mesures pour réaliser les réductions d'émissions domestiques indispensables.

Explications...

Rappelons que les mécanismes de compensation visent à créer dans les pays développés des droits à polluer en investissant dans des pays en développement. Le principe de la création de droits à polluer est le suivant : pourquoi n'aurais-je pas de droits supplémentaires à polluer chez moi, dans la mesure où je ferais des investissements pour réduire des émissions dans un pays où le marché du carbone n'existe pas. Par exemple, j'investis dans un barrage en Inde, j'évite là bas l'émission de 10 millions de tonnes d'émissions de CO2 par an, je récupère autant de droits à émettre chez moi. Il existe deux mécanismes de ce type dans le Protocle de Kyoto, on les appelles les mécanismes de flexibilité. Toutes les explications dans notre article sur le marché du carbone.

Et infidélité conjugale...

Les mécanismes de compensation sont remis en cause par nombre d'associations de protection de l'environnement qui y voient une excuse des pays développés pour ne pas diminuer leurs propres émissions. Les défenseurs de la compensation carbone défendent de leur côtés, que le système permet de réduire les émissions de CO2 au moindre coût pour la société. Pour expliquer la compensation le site Internet CheatNeutral transpose avec humour les mécanismes de la compensation à l'infidélité conjugale...